Joey Le Soldat : parcours d’un combattant

Written by on 3 mars 2015

Joey Le Soldat, rappeur Burkinabé au flow dont les lyrics sont projetées à la vitesse d’une mitrailleuse, est un visionnaire radical au service de son continent. Muni de beats de construction massive, il est en première ligne pour mener la jeunesse vers un meilleur avenir pour l’ex-Haute-Volta. Toutefois être rappeur au Burkina n’est pas chose facile, il nous expose son parcours de militant.

Burkina Ba - raptz.comÇa fait déjà un an depuis la sortie de l’album Bukina Ba. Comment tu le décrirais à quelqu’un qui vient de le découvrir ?
Burkin Ba pour moi est le premier album international. C’est un album avec beaucoup de sonorités différentes. Tu y retrouves du ragga, de l’électro et des sonorités de chez nous avec des textes en grande partie en moré qui sont parmi tant d’autres langues parlées par les Burkinabés.

Pourquoi « le Soldat » ?
Soldat pour rendre hommage à mon grand-père qui était tirailleur. C’est une manière de rappeler l’ingratitude de la politique française envers ses anciens combattants.

“En tant que rappeur, mon rôle est avant tout d’être la voix des sans-voix”

Le changement tant prôné pour le Burkina devrait prendre ses racines où et comment ?
À mon humble avis, je pense que le changement tant attendu passe d’abord par une transition réussie, vu que nous sommes en période de transition. Ensuite, il faut rendre justice au peuple du Burkina qui pendant 27 ans a été privé de justice. Cela apaisera les cœurs et favorisera la paix sans laquelle tout progrès est impossible. Le changement passe aussi par une vraie implication de tout le peuple dans les décisions politiques. Ces nouveaux dirigeants ont le devoir d’être toujours à l’écoute du peuple, pour une gestion sérieuse.

Comment définis-tu ton rôle de rappeur engagé au Burkina Faso ?
En tant que rappeur, mon rôle est avant tout d’être la voix des sans-voix. Je suis un porte-parole et j’ai surtout des idées et des solutions à proposer. Ce rôle n’est pas seulement de critiquer mais aussi de proposer des solutions.

Est-il difficile de s’imposer comme rappeur au Burkina Faso ?
Oui, il est très difficile d’être rappeur au Burkina. Il faut d’abord des longues années de lutte pour que la société t’accepte comme t’es. Ensuite, ici, le rap reste la musique aux 1000 problèmes : les conditions techniques sont loin d’être réunies, les médias ont peur de nous approcher et préfèrent passer Lil Wayne, La Fouine, etc. (rires.). Bref, comme on le dit, y’a que la lutte qui libère.

L’Afrique traverse une période difficile. Quelle est ta perception des rappeurs africains qui prônent plus un rap « bling-bling » au lieu d’un rap conscient et militant ? Est-ce que tous les rappeurs africains devraient faire du rap conscient et militant ?
Oui, effectivement, l’Afrique traverse une période assez difficile. L’Afrique a des besoins intenses et ses soins doivent venir d’abord de nous Africains. Pour venir  à la question du rap bling-bling, je ne peux pas dire que plus de rappeurs africains prônent le rap bling-bling. Il y a autant de rappeurs engagés que de rappeurs bling-bling. Personnellement, le rap bling-bling n’est pas mon univers, mais j’avoue qu’il faut les deux : du rap engagé et du rap bling-bling, parce qu’il faut de tout pour faire un monde.

Norbert Zongo - raptz.com

Comment l’assassinat du journaliste Norbert Zongo a façonné ta démarche artistique ?
Pour moi, l’assassinat de Norbert Zongo en 98 a d’abord été un choc. C’était d’ailleurs ma première participation à une marche au lycée. Son assassinat m’a ensuite fait prendre conscience de l’absence totale de liberté d’expression. J’ai ainsi voulu mettre ma plume au service de la liberté d’expression et du combat contre les multiples injustices que le régime précédent a créé.

Que conseilles-tu aux jeunes rappeurs africains qui aspirent percer dans le rap ?
Les conseils que j’ai pour les rappeurs africains c’est de toujours travailler à fond, d’être très exigeants musicalement, de valoriser nos sonorités et langues à travers leurs musiques. Cela donnera plus d’originalité au rap africain. Aujourd’hui, le rap africain mérite d’être reconnu et respecter au même titre que le rap américain ou français. Pour moi, c’est en travaillant davantage que le reste du monde cessera de sous-estimer le rap africain.

Si tu n’étais pas dans la musique, comment est-ce que tu militerais ?
Pas besoin d’être un rappeur pour militer. Pour apporter sa pierre à la construction de l’édifice nationale, je pense que j’aurais servi dans un mouvement de libération.

Un projet avec Waga 3000 se dessine à l’horizon ?
Seul le temps nous le dira. Je profite ici pour lancer un big up à Artmelody, Dj Form, avec lesquels j’ai collaboré sur ce projet.

Mot de la fin ?
Je vais d’abord remercier RapTz Rapporteuz d’avoir pensé à moi. J’invite tous ceux qui veulent bien découvrir l’album Burkin Ba sur les réseaux sociaux. Je finis en disant merci à Tentacule records, merci à Alexia Fournier, merci aux frères et aux sœurs du Burkina pour leur soutien à l’album Burkin Ba. Peace au monde !

Joey Le Soldat

joeylesoldat.com


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