Comment le rap a choppé Marianne?

Written by on 29 octobre 2015

Partie 2 : Le Divorce

De retour dans notre pays de liberté, notre amant enrage. Il s’est fait largué. La haine de cette rupture le transforme en jeune vulgaire et passionné. Jérome Larçin essaye d’expliquer ses écarts : “Je vous conseille un mémoire intéressant, Booba au miroir de Barthes et Bourdieu, il y explicite la fonction de la vulgarité et de la misogynie, c’est une histoire de reconnaissance de classe. Les bourgeois ne supportent pas des mots comme salope, pute, chienne. Ces mots veulent juste dire : « je ne parle pas à vous et ça ne vous concerne pas. » L’exaltation de la virilité, c’est un marqueur des classes populaires chez Bourdieu.”

Le jeune est montré du doigt, ces regards noirs vont lui permettre de briller. L’explosion de Time Bomb, c’est lui ; le débarquement de la Mafia Kainfry, c’est lui ; NTM ? C’est lui aussi. “Si on prend Time Bomb, on a les 3 destins du Hip Hop. Booba, La superstar sans aucun intérêt artistique. Oxmo, qui va garder une immense exigence artistique, mais il n’aura plus que la poésie et les livres pour vivre, parce qu’avec le Hip-hop, il ne gagne plus grand-chose. Et il y a les X-men, dont tout le monde disait qu’ils étaient les meilleurs, et on ne les a plus jamais revus”, reprend le directeur d’Arte Radio.

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Merci Monsieur Toubon

En 1994, la Loi Toubon qui assure la primauté de la langue française, oblige les radios à passer des produits nationaux. Fred, alors déjà à Skyrock, raconte : “L’idée de se baser sur le rap, c’est une décision gouvernementale de l’époque. La loi Toubon demande 40% de chanson française. Quand tu voyais le panel de génération jeune qui produisait quelque chose, il n’y avait pas beaucoup de choix. Un truc se passait avec le rap. Pour franchir une étape supplémentaire, il fallait qu’un média d masse s’intéresse à cette musique.”

C’est chose faite, et cette exposition va permettre au jeune prétendant de conquérir de nombreux admirateurs. Mais sa soudaine notoriété ne touche pas la belle princesse. Les rejetés de la famille de Marianne en ont fait son chantre. Et lorsque les banlieues crament en 2005, c’est aux yeux de tous de sa faute. Ses paroles vulgaires résonnent comme des insultes par tout le peuple. “j’baiserai la France, jusqu’à ce qu’elle m’aime”, de Mac Tyer, “La France est une garce” de Sniper ou le très actuel « Quand j’vois la France les jambes écartées j’l’encule sans huile » de Booba sont comme des cris de détresse lancés par une âme blessée d’avoir perdu son être cher.

pt31De plus, notre héros a un problème grave qui freine son intégration, il est sociétal. L’écrivain Rachid Santaki, auteur de « Flic ou Caillera », explique : “Le rap est le miroir des époques. En 2005, Rohff prônait les valeurs de la famille, et Booba avait moins d’espace parce que il était déjà capitaliste. Aujourd’hui, c’est le contraire. Ça reflète notre société, elle évolue.”

Les chiffres ne mentent pas

Pour l’enterrer un peu plus, les chiffres ne sont pas éloquents. En 2006, l’année où Diam’s sort son album « Dans ma bulle », chiffré à 600 000 exemplaires, le Hip-hop ne fait que 0,1% des ventes générales. En effet, les artistes doivent eux-mêmes choisir leur catégorie à la SACEM, certains optent pour la case variété, ce qui fausse considérablement les chiffres. En 2015, toujours selon la SACEM, la catégorie “Culture urbaine” ne représente que 0,7% du marché français.

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